Le pouvoir de la chaussure
Les femmes ont un rapport à la chaussure si particulier, qu’il dépasse tout entendement. Il suffit de regarder l’expression du visage d’une femme qui découvre LA chaussure sur la tablette d’une boutique pour se mettre à l’évidence : la chaussure continue de nourrir notre imaginaire fantaisiste et cela depuis son origine, il y a plus de 5500 années.
Émerveillée par la couleur, ensorcelée par les lanières qui croisent ou s’entrecroisent, éblouie par les pièces de métal ou les éléments décoratifs rapportés à l’objet du désir, il lui est impossible de résister à ce bijou tant convoité, la femme craque à tout coup, décidée d’y mettre, s’il le fallait, le montant inscrit sur sa fiche de paie! Qu’elles soient confortables, pratiques, appropriées ou pas, rien ne pourra la faire dévier de son obsession. Elle a trouvé un trésor, il doit lui appartenir même si elle devait manger du riz pendant les trois prochains mois.
Comme toutes les femmes, je succombe aux chaussures, mais surtout pour les plus extravagantes! Les chaussures aux talons de 15 cm , en suède rose fuchsia ou les sandales vertigineuses à six lanières encerclant la cheville, tout en cuir d’un rouge carmin.
Rien ne peut être ordinaire pour ce que je qualifie être la signature personnelle et érotique d’une femme!
La séductrice, la femme fatale ou même la porn star ne portent-elles toutes pas de ces chaussures indécentes qui provoquent admirations et désirs et qui nous invitent facilement à entrer dans des considérations fantasmagoriques? Ne sentons- nous pas nous- mêmes, cette mise en bouche d’espoir libidineux lorsque nous montons sur nos talons?
Lorsque j’enfile mes chaussures à talons hauts, que je lace les longs cordons noirs autour de mes chevilles et que je titube comme une fragile gazelle, cela déclenche chez moi une humeur on ne peut plus coquine. Mes pieds ainsi ornementés électrifient mon corps soudainement contraint à redéfinir le sens même de l’équilibre. Répartir mes 109lbs sur ces échasses de moins de 2 pouces carrés de surface, relève de l’exploit. Ceci est en définitive un exercice de voltige.
De si haut, ma posture se module, se transforme, inévitablement malléable. La colonne vertébrale s’étire, le bassin bascule, le dos arque, les jambes s’allongent, les fesses rebondissent, les épaules déclinent légèrement vers l’arrière, le cou s’enligne et le port de tête s’anoblit amenant le regard droit vers l’avant. Je sens tout à coup toute ma féminité rouler sur mes courbes échancrées.
Toute femme qui sait défiler dans ces chaussures ahurissantes se transforme inexorablement et instantanément en une tigresse distinguée et racée ! Nous nous sentons aussitôt sexys, irrésistibles, en pleine possession d’une forme de ce pouvoir surréaliste qui nous enveloppe voluptueusement. Ainsi vivifiées, nous avons l’impression que rien ni personne ne saurait résister à notre audace teintée d’érotisme nouvellement affichée.
La chaussure aurait-elle un rapport direct avec notre sexualité, nos habitudes ou préférences sexuelles?
Hors de tout doute, j’affirme que oui! Pour nous d’abord. De ces chaussures éloquentes, nous en rêvons, nous les traquons, nous osons et nous les portons et avec elles comme allié, nous provoquons! Et ces chaussures que nous adorons exhiber font réagir nos hommes. C’est sans doute aussi pour cela que nous aimons y glisser nos petits petons!
Les chaussures possèderaient-elles des vertus aphrodisiaques, auraient-elles une efficience particulière?
Si quelques esprits créatifs ont su habiller nos pieds de la sorte, imaginaient-ils seulement, en croquant leurs esquisses, les effets que ces centimètres de cuir ou de satin pouvaient provoquer? Sans doute. Les dictats de la mode nous ont imposé au fil du temps des styles, des couleurs, des matières, des hauteurs et des formes qui varient d’époque en époque, de saison en saison, de collection en collection, mais ils n’ont rien changé de l’engouement que chaque femme affiche si ouvertement pour leurs créations prometteuses.
Mesdames, nous continuerons à courir les boutiques et à rêver de chausser l’ultime nouveauté de notre designer préféré, mais pas nécessairement pour le plaisir d’y voir glisser notre plante arquée mais surtout pour l’anticipation évidente de requinquer notre pouvoir féminin.